L'Infidélité 2.0



En complément de cet article, vous pouvez écouter le replay de l'émission de Flavie Flament sur le sujet avec Cécilia Commo en invitée - REPLAY RTL

L’infidélité est sûrement aussi ancienne que la monogamie ; je n’imagine pas qu’elles ne se tiennent pas par la main. On vit et on se raconte des histoires d’amour cachées probablement depuis plus de 50 000 ans. Nos ancêtres vivant constamment en groupe de plusieurs individus, mâles et femelles, j’imagine aisément que tout comme nous, ils ont du souvent ruser pour entretenir une relation sans enfreindre le courroux du ou de la partenaire « officiel(le) ». Les femmes infidèles étaient-elles plus sanctionnées que les hommes à cette époque ? Nul ne le saura jamais. Ce que l’on sait, c’est qu’il y a encore pas si longtemps en Occident, l’infidélité féminine avait des conséquences beaucoup plus dramatiques que l’infidélité masculine. Cela reste malheureusement d’actualité dans bon nombre de pays dans le monde où l’infidélité féminine est considérée comme intolérable et cruellement sanctionnée.


La dissimulation nécessite de l’inventivité, et dans ce domaine les personnes contournant les règles de la monogamie à l’insu de leur partenaire n’ont jamais manqué de potentiel.

L’infidélité stimule l’imagination et la créativité, bien plus que le couple officiel ne sait le faire. Paradoxe de ces couples secrets, qui deviennent incroyablement inventifs dès lors qu’il s’agit d’imaginer des mondes parallèles à leur propre univers conjugal.


Dynamique et jamais en reste, l’infidélité a toujours su utiliser les moyens technologiques à sa portée pour établir un canal de communication secret.

Car qui dit amants, dit souvent rendez-vous cachés par exemple. Et il faut bien se mettre d’accord sur l’heure et le lieu dudit rendez-vous. Les sms, les emails ont apporté une vivacité et une rapidité nouvelles dans les rendez-vous secrets. Il y a, ne serait-ce que 30 ans en arrière, quand vous désiriez fixer un rendez-vous rapide à votre amant(e), vous n’aviez que le téléphone… fixe.


Les conversations intimes des amants subissaient les mêmes contraintes. Elles se faisaient sur l’oreiller, plus difficilement en dehors d’une présence physique. Chaque appel téléphonique mettait en danger la clandestinité de la relation, et les chances de tomber sur le compagnon ou la compagne ou même les enfants de l’amant(e) étaient considérables. Les personnes « s’étant trompées de numéros » étaient sûrement bien plus nombreuses qu’aujourd’hui. Certains s’appelaient sur le lieu de travail au risque d’éveiller les soupçons des collègues. Beaucoup se sont retrouvés affublés de cousins et cousines imaginaires qui soudainement venaient beaucoup aux nouvelles.


Internet et les téléphones portables (donc individuels) ont transformé cela.

Les moyens technologiques modernes ont supposément apporté la discrétion pour pouvoir se découvrir et se connaître en secret.

Ironiquement, ce qui était apparu comme un paravent derrière lequel on pouvait bâtir des jardins secrets impénétrables fut aussi un coup porté à la dissimulation créative : c’est finalement « grâce » aux technologies modernes que les histoires secrètes sont le plus souvent découvertes et mises à jour. La majorité d’entre elles sont dévoilées par le même outil qui servait à les dissimuler : l’ordinateur ou le smartphone.

On peut supposer que l’illusion de toute-puissance que ces outils ont créée a marqué leur point faible : à croire que les canaux de communication étaient désormais inaccessibles, les amants ont relâché la garde et ont aménagé leur propre routine. Ils se sont mis à communiquer plus souvent, utilisant sans réserve les sms et les emails et ce faisant, ont pris beaucoup plus de risques d’être dévoilés.


Cependant les sites et les applications ont apporté autre chose de différent, quelque chose de phénoménal qui n’était auparavant réservée qu’à une minorité d’individus : la diversité, le choix hors de son écosystème habituel dans un parfait anonymat. Désormais l’univers des partenaires potentiel(le)s est comme l’univers cosmologique : il est en expansion. Et cela peut devenir fascinant et attractif. L’espace des rencontres qui auparavant se réduisait à la sphère professionnelle et/ou amicale a enflé démesurément. Il y a désormais toujours quelque part, quelqu’un près à construire une bulle secrète avec nous. Il suffit que l’on se rejoigne au même endroit, le plus souvent sur un site internet.


Cet écran qui met en relation deux individus sur des applications ou des sites joue un rôle fondamental pour certaines de ces histoires. Il est la surface où l’on va pouvoir projeter ses propres fantasmes, où l’on va pouvoir façonner l’amant ou la maîtresse idéale. Un(e) inconnu(e) peut littéralement nous envoûter alors même que l’on ne sait rien de lui/d’elle. C’est l’ingrédient magique qui embrase l’infidélité : il ou elle devient ce que l’on attend qu’il soit. Il/elle nous ouvre la porte d’un monde capable de nous extraire de notre quotidien. Et en cela, notre conjoint(e) « officiel » ne pourra jamais rivaliser avec notre partenaire imaginaire. Avec l’infidélité 2.0 les dés sont souvent pipés d’avance.


Mais en réalité, c’est un peu de nous dont on tombe finalement amoureux, l’autre étant en partie notre création. Nous sommes exaltés par la personne désirable que nous sommes devenus ou redevenus car l’infidélité contrairement à ce que l’on aimerait croire a souvent plus à voir avec le désir qu’avec le sexe. Certes, pour certains, la fonction première de l’amant ou de l’amante est d’offrir une sexualité plus fréquente ou plus créative, pas une histoire sentimentale. Mais pour beaucoup, il s’agit bien d’écrire une histoire même s’ils n’en sont pas toujours très conscients. Une histoire en parallèle, une histoire débarrassée de contraintes normatives parfois trop pesantes.

Certains amants se voient peu et font peu l’amour ensemble. Ça ne les empêche pas de se fantasmer beaucoup. C’est leur territoire érotique qui s’enflamme mais aussi et peut-être surtout l’estime d’eux-mêmes. Ils plaisent (souvent intensément) à quelqu’un qui ne cesse de leur parler d’envie, de plaisir, de jouissance et réjouissance. Ils vivent dans un monde où Eros règne en maître. Si quelques nuages apparaissent, ils ont tôt fait de clore cet univers pour en bâtir un nouveau car la règle est simple, ce couple secret ne peut et ne doit vivre que dans un seul endroit : le jardin d’Eden. Un lieu où les contraintes, les désagréments, les soucis, les normes, les tensions ont interdiction d’entrer. C’est une bulle dans laquelle ils maîtrisent (tout du moins ils le croient) toutes les règles du jeu. Les amants ne sont soudainement plus des parents (souvent perçus comme un tout indivisible), ni des partenaires de vie. Ils n’ont plus aucune responsabilité. Ils sont simplement un homme ou une femme, assouvissant leurs envies d’être libres, d’être individuels, de pouvoir ne penser qu’à eux-même sans que personne n’y trouve à redire. La particularité des infidélités en ligne tient à ce qu’elle présente un puissant effet désinhibiteur, ce qui permet d'adopter plus facilement des comportements qui seraient freinés dans la vie réelle. Il devient d’autant plus aisé de se débarrasser de ce qui est pesant dans la vie réelle de tout un chacun ou de devenir celui ou celle que l’on ne s’autorise pas à être dans la vie quotidienne.


Enivrés par cet univers de tous les possibles, les amants n’évaluent quasiment jamais le prix que pourrait coûter leur escapade. Et par prix il s’agit bien souvent des larmes et de la souffrance de leur partenaire quand celui-ci découvre l’infraction au pacte d’exclusivité sexuelle ou sentimentale qu’ils avaient conclu. Mais plus encore, les conjoints trompés découvrent qu’ils ne sont pas singuliers. Qu’ils ne sont pas les seuls à pouvoir rendre heureux l’autre. D’autres qu’eux ont cette capacité, d’autres qu’eux ont créé une intimité avec leur conjoint(e), une intimité dont ils sont exclus, à laquelle ils n’ont pas accès. Cette unité qu'ils formaient avec leur conjoint a été dissoute. Ils découvrent avec horreur que leur histoire ne leur appartient plus. Elle a été racontée (donc offerte) à un(e) autre. Un(e) inconnu(e) sait des choses sur eux alors même qu’ils ne savent rien sur elle. La singularité de leur histoire est pulvérisée par une telle révélation. Cette dissymétrie intime explique peut-être pourquoi les conjoint(e)s officiel(le)s ont tellement besoin de tout savoir quand ils découvrent cette intimité parallèle. Ils tentent de rééquilibrer les forces en puissance et de vider de sa substance intime cette histoire extra couple qui leur échappe, en se l’appropriant.

Ne vous y trompez pas, contact physique ou pas, la dévastation est la même, la trahison est tout aussi tranchante. Plusieurs études suggèrent que même lorsqu'il n'y a pas de contact réel entre individus, les « escapades » en ligne peuvent être tout aussi dévastatrices que celles du monde réel, déclenchant des sentiments d'insécurité, de colère et de jalousie.


L’infidélité 2.0 pose la question de ce qui est toléré et ce qui ne l’est pas dans le couple de façon beaucoup plus subtile et plus complexe. Subtile car il nous faut redéfinir les contours de ce qui est considéré comme infraction au « pacte » du couple. Fantasmer en compagnie d’un autre que notre conjoint, est-ce déjà une infidélité ? Le corps a t’il besoin d’être impliqué pour définir l’infidélité ? Le plaisir (que l’on prend avec un(e) autre) est-il déterminant pour caractériser une infidélité ? L’infidélité débute-t’elle dès lors que s’immisce dans la conversation de la sexualité ou de l’affectivité ? Les nombreuses études sur le ressenti des hommes et des femmes face à l’infidélité pointent généralement une différence de genre : les femmes se sentent généralement plus menacées par la trahison émotionnelle consécutive à une liaison de leur conjoint(e) en ligne, tandis que les hommes sont plus préoccupés par les rencontres physiques que pourraient avoir leur partenaire.

Complexe car quoique qu’on en pense, l’infidélité 2.0 présente des caractéristiques propres à sa nature virtuelle.

Plusieurs études ont porté leur attention sur le « la dynamique AAA » qui régit les incartades en lignes, à savoir son côté Accessible, Abordable (financièrement) et son Anonymat. Accéder à internet est extrêmement facile, et ce où que vous soyez : vous pouvez être chez vous ou au travail, ou encore assis sur le canapé avec votre conjoint(e) et dans le même temps discuter avec quelqu'un en ligne.

Autre caractéristique qui n’est pas faite pour rassurer les couples : une étude américaine, basée sur un sondage anonyme en ligne auprès de personnes de 20 à 73 ans, a confirmé que de nombreux participants admettaient qu'Internet rendait l'infidélité beaucoup plus « tentante » car accessible.

De même, en 2008 (avant même l’apparition de nombreuses applications ou sites en ligne) une étude australienne révélait que sur 183 adultes qui étaient actuellement ou récemment en couple, plus de 10 % avaient noué des relations intimes en ligne, 8 % avaient fait l'expérience du cybersexe et 6 % avaient été jusqu’à rencontrer leurs partenaires Internet en personne*.

La dynamique AAA a vraisemblablement offert à tout un chacun la possibilité d’être « infidèle » et par conséquent nous a tous placé devant l’obligation de redéfinir les contours de ce qui est et qui n’est pas une infidélité au pacte conjugal.


Conséquence ultime à cette modernité et à cette expansion des rencontres à moindre frais, la quasi impossibilité de vivre sans toutes ces nouvelles technologies de communication tiendra longtemps le conjoint trompé en alerte, sans cesse confronté à la possibilité d’une récidive, prêt à voir se rouvrir une plaie qui cicatrise à peine. Il ne s’agit plus d’éviter ou de se méfier d’untel ou d’unetelle, l’ennemi est désormais dans la poche de son conjoint(e)….


Comme souvent dans toute innovation, la modernité produit des effets qui peuvent être contraires. Si la technologie a écourté et simplifié la création d’histoires extra couple, elle a aussi inversement allongé le temps de réparation psychique nécessaire à leur dévoilement.


*Australian Journal of Counselling Psychology, vol. 9, n° 2




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