L'Infidélité Est-Ce Si Grave ?

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Dans la langue française, un infidèle est une personne qui ne garde pas la foi, qui rompt son engagement. Par extension et rapporté au couple, l’infidèle est une personne qui rompt l’engagement d’être exclusive à une autre personne.

Mais de quelle exclusivité parle t’on ?




Dans le langage courant, il s’agit bien souvent d’une exclusivité sentimentale et surtout sexuelle. Et c’est sur l’acceptation de ce terme que je me pencherai.

En me « couplant » à un(e) Autre, je m’engage à ce qu’il/elle soit mon/ma seul(e) et unique partenaire sexuel(le). 

Alors même que beaucoup d’exclusivités nous dérangent car elles nous rendent captifs, celle qui consiste à n’avoir qu’un(e) seul(e)partenaire sexuel(le) semble aller de soi. C’est souvent un gage d’amour que l’on offre à l’Autre, on lui offre notre liberté sexuelle et on compte bien qu’il/elle fasse de même. 

Gare à celui ou celle qui s’offre le droit de rompre ce pacte ! On parlera alors de trahison… Le mot donne le ton de la souffrance et de la douleur de celui ou celle qui découvre que son/sa partenaire s’est libéré(e), seul(e) et généralement en secret, de son engagement. Cette rupture de l’engagement pris est rarement indolore et quasiment jamais vécue comme anodine. Les conséquences peuvent être lourdes et la dispersion de l’onde de dévastation incroyablement large dans le temps. Plus le couple est envisagé comme une structure fusionnelle et vécu comme une unité, plus le séisme est grand. 

Cela suffit-il pour poser la gravité d’une infidélité ? 

La notion de gravité d’un comportement contient souvent une notion morale. Celle-ci est particulièrement présente dans les comportements d’extra-conjugalité. Après avoir été longtemps punissable sur le plan légal, l’adultère ne l’est plus. Cependant la moralité ou l’immoralité de la non-exclusivité sexuelle reste un sujet hautement explosif. Dès qu’une infidélité est mise à jour, chaque ami, chaque collègue, chaque membre de la famille a un avis directement influencé par les valeurs (morales) que chacun défend. En résumé, beaucoup d’entre nous pensent l’infidélité en terme de « justifié » ou « injustifié », de « il/elle a eu raison » ou « ça ne se fait pas ». 

Pour se défaire de cette notion, je préfère penser l’infidélité comme un acte sérieux, important et non pas un acte grave.

Que l’on soit d’une nature souple ou d’une nature rigide, que l’on soit trompé(e) ou  que l’on trompe, l’importance de l’infidélité semble toujours présente sans pour autant déclencher les mêmes émotions.

Du côté de la personne « trompée » cette rupture de l’engagement (sexuel exclusif) remodèle l’univers du couple mais aussi son estime d’elle-même. Le mensonge et la dissimulation ne sont pas corrélées à une émotion excitante (comme cela est le cas chez celui/celle qui trompe) mais à un remaniement de sa propre image - « Comment n’ai-je rien vu ? » « Quelle idiot(e) j’ai pu être… ! » - annonciateur d’une dévalorisation à laquelle s’ajoute la découverte que l’Autre peut prendre du plaisir ailleurs que dans ses bras, qu’elle/il ne lui suffit pas…  Il/elle réalise soudain que ce « nous » qui semblait si puissant comporte des espaces béants où d’autres peuvent s’infiltrer. Si ce « nous » s’effondre, et que chacun reprend son individualité comment appréhender cet Autre qui s’échappe et qu’il/elle ne connait pas ou plus : Qui est-il/elle ? Qui sommes-nous ? Qui suis-je ? 

Du côté de la personne qui trompe, l’importance semble également bien présente sinon comment expliquer tant de précautions prises pour que l’Autre ne sache rien ? Si il n’y avait aucune « gravité » à rompre son exclusivité sexuelle, le secret et le mensonge n’auraient pas besoin d’être omniprésents. La relation extra-couple aurait-elle le même goût, génèrerait-elle autant d’excitation ?  Une très large majorité de mes patient(e)s qui trompe ou a trompé leur conjoint(e) aimerait que leur acte soit considéré comme « banal » tout en sachant pertinemment que ça ne l’est pas : les conséquences d’une découverte de leur infidélité les terrifient. Si leur infidélité était mise en lumière, ce n’est pas seulement le monde de leur conjoint(e) qui s’effondrerait, ce serait aussi le leur, et ils en ont parfaitement conscience. Beaucoup sont terrorisé(e)s à l’idée d’infliger de la souffrance à leur conjoint(e). C’est même souvent une des raisons du secret : l’infidélité est rarement dirigée « contre l’autre » mais bien plus souvent dirigée « pour soi ».

Il semblerait que l’infidélité devienne « grave » et non plus seulement importante en fonction des conséquences à gérer ! 

Chez celui/celle qui trompe la notion de gravité apparait presque exclusivement au moment ou l’infidélité est découverte.

Sur 1535 américains interrogés* quant à la « gravité » de l’infidélité, 91% d’entre eux l’ont placé comme le comportement le plus problématique (morally wrong) comparativement à d’autres comportements comme la polygamie (83%) ou le divorce (24%). L’infidélité est devenue au cours des décennies beaucoup plus difficile à tolérer et à excuser. De façon inversement proportionnelle, le divorce est de mieux en mieux accepté et banalisé. Ceci explique peut-être cela : désormais lorsque l'on est n'est pas heureux dans son mariage, le message contemporrain (et occidental) s'est renversé : ne trompez pas, divorcez ! 


Quels besoins peuvent inciter à rompre l’engagement monogame ?

Beaucoup sont à explorer et certains d’entre eux ne sont pas toujours le symptôme d’un mal-être ressenti au sein du couple.

Ils peuvent parler du couple et de ses dysfonctionnements mais ils peuvent aussi parler de moi et de moi seul(e).

Le piège pour un thérapeute de couple mais aussi pour le couple lui-même qui essaie de comprendre ce qui peut expliquer cette « sortie de route » c’est de vouloir absolument y voir un symptôme du couple. Si le projecteur se braque exclusivement sur ce qui ne va pas dans le « nous », il y a de fortes chances que l’on y trouve quelque chose. Aucun couple n’est idéalement parfait et nos besoins ne sont jamais entièrement satisfaits par notre conjoint/e. Tous les couples traversent des périodes (courtes ou moins courtes) délicates tant sur le plan de la communication que sur le plan sexuel, et si seul le prisme conjugal est interrogé il y a fort à parier que l’on trouvera bien quelque chose qui serve à expliquer l’infidélité !

Il est donc essentiel de comprendre ce qui s’est joué dans cet « écart » et ce n’est pas toujours (même si c’est aussi souvent le cas) le couple qui est en jeu. La preuve, 54 % des hommes infidèles ont indiqué dans une étude que leur mariage leur convenait – et même qu’ils le considéraient comme heureux – quand ils ont débuté leur aventure extra-conjugale. Seulement 34 % des femmes mariées infidèles partageaient cet avis. 

De même, contrairement à une idée très largement répandue, ce n’est pas forcément la question sexuelle qui motive le plus l’infidélité : certaines études démontrent que 92 % des hommes ont confié que ce sont leurs besoins émotionnels qui les avaient conduits à l’infidélité et pas leurs besoins sexuels. D’autres études confirment ces chiffres : (seulement) 20% des hommes indiquent que le manque de rapports sexuels est la cause de leur infidélité.

Dans la même veine des fausses croyances, 88% des hommes qui ont trompé leur partenaire ne considéraient pas qu’ils l’avaient fait avec une personne plus attirante que leur conjointe.

En réalité les motivations d’une infidélité sont extrêmement variées. Parmi celles-ci, on retrouve la recherche de valorisation, de séduction, de féminisation ou de masculinisation,  de soutien, de lien,  de transgression, de réparation,  d’espace pour soi-même, d’identité, d’excitation, de rébellion, de son « moi authentique », de son « moi » oublié ou sacrifié, de liberté, d’oxygène, de réconfort, de stimulation, de vitalité, d’identité, d’émotions, etc… Le sexe ne change pas le fait que hommes et femmes partagent le même besoin d’être regardé(e)s, désiré(e)s, écouté(e)s.

L’importance et la motivation d’une infidélité doivent être mises à plat et observées selon plusieurs axes. Sur l’axe du « nous » et sur l’axe du « je ». Cette double investigation (le couple et l’individu qui trompe) permet de mieux saisir ce qui s’est passé et pourquoi cela s’est passé. Comprendre le besoin qui est en jeu dans cette extra-conjugalité peut apporter beaucoup de réponses intéressantes.

Je prend bien garde lors d’une thérapie de ne pas faire porter la responsabilité de l’infidélité à celui ou celle qui a été trompé(e). 

En premier lieu parce que la personne trompée est dans une souffrance qui n’a pas besoin d’être alourdie par la culpabilité de ne pas avoir été « suffisamment ceci » ou « suffisamment cela ». On sait que la personne trompée peut passer par différentes phases émotionnelles dont la plus grave est la dépression. On retrouve cette réaction de manière plus prégnante dans les relations extra-couple à caractère sentimental (en effet, les relations extra-couple à caractère sexuel ont plus tendance à déclencher de la colère, émotion qui protège de l’effondrement).

En second lieu parce que se défausser de sa décision (et de sa responsabilité) sur l’autre ne permet pas à celui qui a trompé de bien comprendre ce qui s’est joué. En effet, même dans des situations « apparemment » évidentes de mal-être au sein du couple, la décision de tromper reste un choix parmi d’autres choix possibles. Il est donc intéressant de comprendre pourquoi c’est le choix de tromper qui a été pris et non pas celui de rompre par exemple.


Interroger ce bouleversement 

Le questionnement de l’infidélité n’est pas toujours la règle pourtant il y a beaucoup à apprendre sur ce que je suis et/ou sur ce que nous sommes, que je sois celui/celle qui est trompé(e) ou que je sois l’infidèle. 

L’importance et les conséquences de la relation extra-conjugale vont beaucoup dépendre de ce que le couple en fera. Ce signal fort qui vient éclairer soit ce que vit le couple et ce qu’il est, soit ce que JE vis et ce que JE suis a tout intérêt à être exploré. Sans cela, difficile de réinventer son couple. Pourtant, certains préfèreront effacer « cette sortie de route » et reprendre le cours du couple tel qu’il était inscrit sur le pacte conjugal tandis que d’autres transformeront l’équilibre de leur couple : le/la « coupable » sera à tout jamais en dette vis à vis de la « victime ». Le couple n’a rien appris ni rien gagné si ce n’est une belle frayeur qui pour un temps calmera les ardeurs d’un ailleurs plus attractif.

Bien sûr, il y a les infidélités qui scellent la fin de l’histoire du couple. Quand cela se produit, on peut se demander si ce n’était tout simplement pas l’effet attendu (plus ou moins consciemment).  En effet certaines d’entre elles n’ont pour seul but que de signifier (à soi comme à son/sa conjoint(e) qu’il est temps que chacun se « libère » de cette  conjugalité qui ne convient pas ou plus.  

C’est un peu comme si la fin du couple ne pouvait passer que par la porte de l’infidélité : la motivation de rupture est manifeste.

Les autres motivations sont riches d’éléments à examiner car elles envoient de manière cryptée et souvent douloureuse un message fort (soit à son/sa conjointe, soit à soi-même) destiné à repenser le couple tel qu’il existait, l’obligeant à se réécrire et se réinventer pour le meilleur et non plus pour le pire.






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