La Tentation, y Résister En Restant Faible

Oscar Wilde, à défaut d'avoir une stratégie lui permettant de résister aux tentations, décida que "le seul moyen de se défaire d'une tentation c'est d'y céder."



Ulysse, en revanche, pour résister à la tentation du chant des sirènes*, et sur les conseils de Circé, se fit attacher au mât de son navire par ses matelots - non sans les avoir enjoints de lui boucher les oreilles avec de la cire pour ne pas les entendre. 

À y regarder de près, rien n'a changé depuis l'époque homérique en ce qui concerne la tentation. Deux choix sont toujours présents : y céder ou pas, et dans le second cas se faire confiance peut parfois réserver des surprises.

Une stratégie sophistiquée 

La stratégie la plus efficiente encore aujourd'hui est celle d'Ulysse, à savoir celle qui part du principe que plus la tentation sera forte, plus nous aurons tendance à y succomber ou dans d'autres termes, moins notre volonté sera sous notre contrôle rationnel. Partant donc du postulat que résister en étant plongé dans un bain émotionnel intense est plus qu'aléatoire, la stratégie consiste donc à anticiper cet état et à prendre les dispositions nécessaires en amont.

La première étape est d'admettre que nous ne contrôlons pas tout, que nous ne connaissons qu'une partie de nous mêmes, et que nous pouvons perdre le contrôle (que nous pensions, à tort, détenir). C'est abandonner cette toute-puissance qui veut que notre force vienne de notre maîtrise alors qu'elle prend sa source dans la reconnaissance de nos faiblesses.

La seconde est de mettre en place une stratégie destinée à nous empêcher, non pas d'être face à cette situation (trop compliquée à mettre en place concernant certaines situations), mais de céder à la tentation qu'elle contient (comme Ulysse attaché au mât de son navire).

Ce type de fonctionnement présente une certaine efficience (voire même une efficience certaine) puisqu'il prend en compte l'irrationalité d'une situation ("Devant telle tentation, j'ai flanché alors même que je m'étais juré de me contrôler") pour lui injecter du rationnel et de la prévisibilité ("Devant telle tentation, je sais qu'il est fort possible que je flanche car je ne suis pas certain de garder le contrôle de la situation").

Les comportements irrationnels ("J'ai fait ceci alors que j'imaginais faire l'inverse.") ont ceci d'intéressants qu'ils sont prévisibles et les stratégies consistant à les contourner afin de les éviter sont intéressantes à plus d'un titre. Il s'agit, de fait, à nouveau de self-control (et non pas de "lâcher prise" comme l'abandon de la toute-puissance pourrait le laisser supposer à certains) mais celui-ci prend en compte toutes les données "irrationnelles" du problème.


La méthode homérique en action dans un cas concret 

❝Je sais que je suis faible donc je résiste

Imaginons une femme qui désire passer la soirée avec un homme qui lui plait mais qui, dans le même temps, ne désire pas que cette soirée puisse finir par une relation sexuelle...  

Deux possibilités, enfin trois si on inclut la possibilité de changer d'avis et de céder. Soit elle se dit qu'elle est forte, et qu'elle va savoir résister le moment venu (très risqué et plutôt faux, on le verra ci-dessous avec l'expérience du chercheur Dan Ariely), soit elle se dit qu'elle ignore si sa volonté à résister sera suffisante et trouve avisé de ne pas compter dessus ! Oui mais que faire ? 

S'attacher au mât du bateau comme Ulysse… !

À cette question, posées à des étudiantes américaines, les exemples de "mât du bateau" furent variés : porter des sous-vêtements extrêmement  laids ; se laisser pousser les poils de jambes de sorte qu'aucun "imprévu" ne puisse être envisagé, etc... Ces réponses portent à sourire mais permettent de comprendre facilement la façon dont s'articule l'empêchement homérique, ce dernier permettant de résister à l'excitation qui échauffe les prises de décision (s'attacher au mât lorsque l'on va au restaurant et que l'on est au régime par exemple).


Qui suis-je sous l'effet de l'excitation sexuelle ?

Une étude très intéressante de Dan Ariely et George Lowenstein faite auprès d'étudiants de l'université américaine de Berkeley,  démontre de façon très poussée que nous ne sommes plus en possession de nos moyens décisionnels dès lors que nous sommes submergés par une excitation sexuelle (et de façon extensive par une excitation tout court).

► Pour cela ils ont sélectionné des jeunes hommes, hétérosexuels et leur ont soumis un questionnaire sur les comportements et les valeurs qui étaient les leurs (les questions étaient lourdes de sens puisqu'elles tournaient autour de leur comportement auprès de jeunes filles, de fillettes de 12 ans, de pratiques sexuelles, etc… " Par ex : "Auriez-vous du plaisir à coucher avec quelqu'un que vous détestez ?", "Pouvez-vous envisager d'être attiré par une fillette de 12 ans ?", "Est-ce que s'en tenir à des baisers serait très frustrant ?" etc…)

Ces étudiants devaient répondre à ce questionnaire en s'imaginant dans une situation bien particulière : lorsqu'ils étaient en train de se masturber. Nous l'appellerons la situation "à froid" puisqu'il ne s'agissait que de s'imaginer excité.

La question sous-jacente étant : Qui pensez-vous être une fois excité ?

Jusque là, ces étudiants n'imaginaient pas être un Autre quand ils étaient excités.  Ils pensaient que "à chaud" ou "à froid", leurs comportements, longuement modelés par leur éducation et leurs valeurs, ne pouvaient pas devenir "hors contrôle" sous prétexte qu'ils étaient excités.

► Seconde étape de cette expérience, on leur a demandé de répondre (via un ordinateur) au même questionnaire durant une masturbation, donc soumis cette fois, et de façon tout à fait réelle, à une excitation sexuelle. Cette situation est donc la situation "à chaud".

À chaque question, les étudiants choisissaient un chiffre entre 0 et 100 censé refléter au mieux leur réponse. Les trois bornes suivantes leur donnaient un repère :

Non  = 0  (je ne pourrais pas)

Possible = 50 (je pourrais peut-être) 

Oui  = 100 (je pourrais)

Ô surprise, les réponses faites "à froid" furent bien différentes des réponses faites "à chaud"!

Alors que le sexe avec une femme de 50 ans ne semblait pas beaucoup tenter ces jeunes étudiants lorsqu'ils y réfléchissaient sans être excités (réponse à 28 sur l'échelle de 0 à 100), une fois excités la réponse avait basculé du côté du "possible" (réponse à 55).

À la question "Pouvez-vous envisager d'être attiré par une fillette de 12 ans ?" À froid les étudiants avaient choisi = 23, en pleine masturbation, donc envahi par une intense excitation la réponse fut : 46… 

Sur toutes les questions sexuelles, les réponses à chaud furent deux fois supérieures aux prédictions qui avaient été faites à froid. 

La sous-estimation a été importante et omniprésente.


Réponses aux questions selon la situation "à froid" (non excité) et "à chaud" (durant la masturbation).

"Les résultats montrèrent que, lorsque nos participants se trouvaient dans un état rationnel, froid, dominé par le surmoi, ils respectaient les femmes ; les bizarreries sexuelles auxquelles nous les invitions à se livrer ne les intéressaient pas ; ils restaient toujours du côté de la morale, et ils pensaient qu'ils utiliseraient systématiquement un préservatif. Ils croyaient se connaître, connaître leurs préférences, et savoir de quoi ils étaient capables. Mais le fait est qu'ils sous-estimèrent leurs réactions du tout au tout […] Ainsi, l'éventualité d'apprécier le contact d'un animal reçut plus du double de suffrages en état d'excitation […] Idem avec le thème des rapports protégés."(1)

Cette étude révèle,  avec une limpidité certaine,  que nous ne sommes pas en mesure de "prédire" avec justesse nos comportements quand des émotions intenses s'emparent de nous (une peur intense, une faim excessive, une très forte colère, une excitation sexuelle, etc…). Non, nous ne nous connaissons pas, pas entièrement… Le savoir est essentiel.


Se méfier de l'excitation ?

L'excitation, sexuelle en particulier, est une émotion à double tranchant. Elle est tout à la fois très exaltante mais recèle un potentiel périlleux. Les hommes souffrant d'éjaculation précoce le savent bien. C'est en amont, avant que l'excitation sexuelle ne soit à son acmé,  que se jouent les mécanismes pouvant freiner l'éjaculation.

Il en va de même pour le port du préservatif ; il est très périlleux de penser qu'une fois extrêmement excité, on sera capable de faire appel à son Surmoi pour l'imposer. À ce moment là, une partie de notre Surmoi est aux abonnés absents. Pourtant, si vous interrogez des jeunes gens à froid, ils vous répondront tous qu'ils sont parfaitement au courant que le port du préservatif est très important pour se protéger eux et pour protéger les autres. Lesquels oseraient répondre qu'ils se moquent éperdument du préservatif et qu'ils sont prêts à prendre tous les risques (infectieux, contagieux et de grossesses non désirées) s'ils en ont l'occasion ? Très peu certainement.

On retrouve la même dualité décision à froid/décision à chaud dans les comportements routiers. Combien de conducteurs novices oseraient déclarer qu'ils n'hésiteront pas, au péril de leur vie,  à pousser leur voiture à 180 km s'ils en ont l'occasion ? Mais une fois sur la route, la musique à fond, l'adrénaline aux aguets... sont-ils toujours les mêmes, ceux qui rationalisaient la conduite et ses risques ?

Et la tentation ?

Dans la relation de couple, résister à la tentation est une question qui peut se poser et, pas uniquement sur un plan sexuel. Le couple est le terrain d'expérience de l'apprentissage à la surséance de son plaisir. 

Sur le plan psychothérapeutique, il est illusoire de vouloir renforcer la "volonté" d'une personne à éviter une tentation (si tant est que l'éthique du psychothérapeute ne se questionne pas sur une telle demande). Illusoire et potentiellement néfaste, car une telle décision peut aboutir à une très forte culpabilisation du patient ou une mise en échec de son image narcissique si sa "résistance" cède devant la tentation.

La tentation arrive bien souvent avant l'excitation, c'est le premier panneau de signalisation qui indique vers où se trouve l'excitation. 

L'excitation sexuelle ou autre (comme l'excitation gustative qui accompagne la dégustation d'un aliment) envoie des signaux prédictifs de jouissance, de plaisir, d'euphorie au moyen de la tentation. Notre Surmoi, notre tour de contrôle, est supposé réguler les éventuelles "mise en danger" que la tentation peut renfermer. Au-delà des positions extrêmes (le Surmoi est très sévère, et n'autorise rien - le Surmoi est très faible, et autorise tout), le Surmoi soupèse et jauge ce qui nous convient et ce qui ne nous convient pas. En général, cela fonctionne assez bien et on a tendance à lui faire confiance. C'est donc bien souvent en s'appuyant sur lui, et sa capacité à évaluer de façon correcte nos limites, que l'on cède à la tentation et son cortège d'excitations très fortes, et que l'on découvre parfois avec surprise que sur ce coup là, on était seul ou plusieurs si l'on considère que nous sommes un "conglomérat de moi multiples"(1) mais en roue libre et sans aucune instance pour rationaliser la situation.

(Cette absence éphémère de contrôle du Surmoi se retrouve de façon prégnante chez les personnes addicts à la pornographie en ligne qui, submergées par l'excitation sexuelle, explorent des comportements qu'elles n'auraient absolument jamais imaginé explorer).

À la lumière de ces considérations, que l'on soit plus Oscar Wilde ou plus Ulysse, une chose demeure : connaître notre vulnérabilité est notre véritable force.



* Les sirènes d'Homère séduisaient les navigateurs qui, attirés par les accents magiques de leur chant, de leurs lyres et flûtes perdaient le sens de l’orientation, fracassant leurs bateaux sur les récifs où ils étaient dévorés par ces enchanteresses. (1) Dan Ariely, "C'est (vraiment ?) moi qui décide" (Flammarion 2012)


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